les gardes du coeur
ce sont eux
vous ne pouvez pas rencontrer des personnes
plus humbles et fortes que ceux-là :
les enfants.
Je pars
Je descends dans le Sud
C’est une idée

Une croisade dans la tête
qui se vit dedans
Là, pour le coup,
Je n’vais pas voir ma mère
Je n’vais pas voir mes soeurs
Je n’vais pas voir mes potes
Je n’vais pas voir mes compréhensions
Je n’vais pas voir mes attentions…
Je n’vais pas en armure chez les unes
Je n’vais pas nombriler chez les autres
Je descends dans le Sud
Je vais respirer
Encore que…
descendant dans le Sud
Je m’arrêterais sûrement en Dordogne
Là je supplierais mes aïeulles
de me claquer la goule
de leur force
de leur résistance
de leurs idéaux amoureux
de leur vénération pour leur homme
elles devraient me renvoyer chez moi…
Elles sont au cimetière
je ne devrais pas rester trop longtemps
il fera froid
et ça ferme avant la nuit…
Donc je descends encore plus dans le sud
si elles, ces femmes…
ne savent pas y faire
avec cette petite fille
qui s’entête à partir en croisade…
Je descends dans le sud…
Rouge
je suis en sang dedans
dans le coeur des choses
dans le coeur de moi
dans le coeur d’émois
Ils n’ont pas vue possible de cela
Lorraine
Je t’ai demandé une chose immense
Partir d’ici

Partir d’ici
Mais qu’ai-je demandé à tes parents ?
je leur ai demandé
de te regarder
de te parler
de t’aider
Parce que je ne suis pas arrivée à le faire
et que c’est devenu plus douloureux de te regarder
que de faire comme eux :
d’ignorer
tes craintes
tes peurs.
C’est moi qui le paie, je sais
tu crois que c’est toi qui souffres
mais c’est moi qui suis seule.

Pour toi
Pour eux
Pour vous

Je me souviens
Je me souviens de tout
Je sais qui a posé la main
sur le clavier
de mes angoisses éclatées
Je sais qui a posé les mots
sur mes blessures explosées
Je me souviens
Je me souviens de vous
De celles qui ont dit
De celles qui ont tu
la douleur assommante
dans mon ventre affamé
la peine dévorante
dans mon esprit usé…
Je me souviens
Je me souviens de toi
Je me souviens d’elle
Je me souviens de lui
de cela, de ceci
des duchesses en force réunies face à moi
Je me souviens
et ce souvenir est encore demain parce que je sais
qu’il renait à chaque requête
qu’il recommence à chaque quête
qu’il soutient chaque conquête
Je vais bien
Je vais loin
mais….
Je vous souviens
Je vous soutiens
J’avance à grands pas dedans vous
J’avance à grands pas avec vous
Je trébuche encore souvent
mais je sais comment vous appeler mes âmes
vous êtes l’évasion de mes soucis
une porte ouverte à autre chose…
Merci.
Lorraine 17 ans
Marjorie 21 ans
Mes deux grandes avec toutes les limites qu’on nous a imposé.
Mé on a fait quatorze années de route.
On a appris
Nous savons nous attacher individuellement
l’une à l’autre
l’autre à l’une
Créer des moments d’intimité incontournables et vitaux
que leurs parents ne peuvent toucher
Ce qui fait que je suis un énorme relais
Et que je veux le rester
dans leur vie
Ce qui fait
qu’elles sont
une énergie pour moi
Dont elles ne peuvent douter…
Elles sont là quelque part
Elles sont là, je dois y croire.
Ces grands mères portent la vérité de toute une vie : la mienne.
ce sont elles qui ont le secret dans leur coeur.
A quel moment ont-elles su lire leur secret de vie personnelle ?
Comment ont-elles fait pour découvrir leur force
et l’utiliser pour vivre sereinement
et pour cesser de vivre quand il l’a fallu ?
Elles sont là
dans cet humus enivrant de leurs forêts,
dans cette terre qui porte racine de mon sang.
Elles sont là
Ces femmes fées qui m’ont toujours envahi le coeur
au pire de mes angoisses,
ces femmes qui m’ont permis de toujours croire
en mes possibles.
Elles sont là.
J’ai posé mes deux mains
comme mon cœur sur leur tombe.
J’ai appuyé fort pour entrer dedans,
le marbre et le béton étaient solides et froids,
mes mains sont entrées dans la tombe
et mon cœur a aspiré toute une vie passée pour la refaire.
J’ai demandé à cette force d’elles d’entrer en moi
J’ai demandé à leur sagesse de m’expliquer ce que je devais faire.
En Dordogne, à Champeau, à la fin de la vie de Nadaillère,
dans les pierres, dans les arbres et dans la terre
dorment mes grands-mères depuis des années.
De leur vivant j’ai touché leur joue de quelques bisous d’enfant,
de leur vivant j’ai souvenir de voix chantantes et accentuées.
J’ai le souvenir d’odeurs passagères et de mots récitant le passé,
j’ai souvenir de tout et de peu.
Elles sont là, elles ont le secret de ce que j’ai à devenir
mais l’épreuve se passe seule, je dois lire seule ma vie.
Si la réponse est l’amour, j’ai aimé follement.
Si la réponse est la sagesse, j’apprends doucement.
Si la réponse est la patience, je dois encore du temps.
Elles sont là.
Savent-elles ce qui s’est fait et défait depuis elles ?
Ont elles accueilli ma soeur Petite Bulle en lui offrant leur secret ?
Que fait Françoise auprès de ce souvenir d’elles ?
Comment vivre demain en faisant table rase du passé
sans effacer les êtres qui la composent ?
Elles sont là.
Et moi je ne sais pas ce que je dois faire.
J’ai respiré au-delà de mes poumons l’odeur de l’humus,
j’ai appuyé au-delà de ma force sur leur tombe,
je suis entrée dans leur cœur de par le mien.
Je sais sans doute qui je suis, certainement qui je ne veux pas être.
Mais je ne sais pas à qui parler et qu’expliquer de moi.
Je ne sais pas comment
laisser vivre ce que je suis devenue
et empêcher de survivre celle du passé.
Elles sont là et je suis venue les voir,
dans tous mes silences je leur parle
Mais je n’entends pas ce qu’elles taisent
je ne sais pas où trouver l’apaisement
.
Je sais, je sais ce qu’elles diraient, j’ai compris.
Elles diraient :
« Porte tête haute
et donne ce que tu donnes
en apprenant à compter
pour ne jamais perdre de toi.
Ne te sacrifie à personne comme nous avant toi,
ne te sacrifie à personne.
Elles sont là
et si je m’asseyais avec elle au coin du feu de la grande cheminée,
je leur dirais :
:
« Grands-mères vous avez vu qui je suis devenue ?
Vous savez quel chemin j’ai parcouru ?
Vous avez vu ce que votre petite-fille devient ?
37 années de croissance du coeur et de l’esprit pour comprendre
que je dois avancer toute seule et différente.
37 années pour aspirer les souffrances personnelles
de parents abîmés qui ne sauront jamais
relire leur vie et leurs propos.
37 années d’apprentissage des mots
pour faire dure
des mots pour faire mal
et pour faire fort.
Mémé Lacombe, tu as appris la patience
et l’attente de la mort pour rejoindre un époux vénéré
55 ans après son décès.
Mémé Alice tu as souffert de tout ton corps
pour un amour qui ne s’est jamais reflété
dans le regard de l’homme aimé.
Dites moi le secret ?
Il manque la sérénité dans le maillon
entre vous et moi : ma mère.
Alors, je dois aujourd’hui passer
au-dessus d’un gouffre de souffrances
pour qu’elles ne deviennent pas les miennes. »
Elles sont là.
Elles me doivent lecture du secret qui est en moi.
C’est lecture de votre vie et de votre patience
Qui me fait apprentissage de ma propre vie
et de ce qu’elle ne sera pas.Elles sont là
et je repartirai sans avoir mis en terre la boite de mes souffrances irrésolues.
Je ne sais pas comment la refermer.
Femmes d’avant moi, je suis votre futur.

On n’est pas l’une contre l’autre ce soir,
mais tu sais sans doute combien je suis collée en toi
Ma Yo.
Je n’ai pas tout appris de cette vie
si ce n’est la douloureuse leçon de notre relation sauvée des eaux
et quelques autres morales d’histoire plus ou moins drôles.
Mais tu sais grande soeur
il n’y a pas d’âge entre nous
je suis la grande quand c’est mon tour
tu le redeviens quand j’ai mal
Ce soir, maintenant, je voudrais te faire cadeau d’une force abrutissante
d’une innocente drogue qui pourrait anesthésier ta douleur
et retenir les murs qui sont déjà au sol.
Respire ma grande soeur
respire tu dois entrer en toi le souffle de cette vie partie.
Je ne suis pas toi
mais je suis en toi
Je te promets.
Je t’aime
et je porterai tes larmes sur le sol de Dordogne
Là où nos grands mères en prendront soin.
De ta vie dans ma vie
De ma vie en ta vie
Is
Le cordon,
est coupé, sans doute
mais la magie de la relation mère fille, qu’est-ce qui l’a créée
entre ma mère et moi ?
Qui est la fille
Qui est la mère ?
Quand reprend-on route commune ?
comment reprend on le fil d’une conversation brisée au nom d’une douleur intense
non diffusée, non entendue ?
allez, dites moi …